Les réponses de tata Chlo

 



Mon premier livre : https://www.editions-maia.com/livre/confessions-dune-prostiputescorte-rastignac-chlotilde-9791042502485/

Mon second livre : https://www.editions-maia.com/livre/sacree-pomme-chlotilde-rastignac-9791042511487/

Facebook : Chlotilde Rastignac 

Instagram : rastignacchlotilde 

"Personne ne croit aux experts, mais tout le monde les écoute " Auguste Detoeuf.

Comme convenu, voici donc les questions que vous avez pris la peine de me poser, puis vos réponses. Je remercie chaleureusement les participants. 

Matahachi: 

Pour faire comme dans les FAQ Youtube: avec le recul, quels sont les trois ou cinq tips que tu aurais aimé savoir avant de débuter l'escorting. 

Et aussi: Y-a-t-il des discours pro escorting qui te semblent aussi faux et dangereux que certains discours abolitionnistes?

Pour ce qui est des trois ou cinq tips, comme je suis bavarde, nous allons en évoquer ici cinq:

1) Faire attention à son image et à son marketing: comme pour toute entreprise, la réputation via la toile est importante, pour ne pas dire fondamentale. Il faut faire attention à ses annonces, et bien se positionner. J'ai connu par exemple des collègues qui voulaient en même temps faire du "luxe" avec des rencontres longues le soir, et faire un peu plus de l'abattage la journée. Il faut savoir ce qu'on veut et il me semble impossible de faire les deux. La suite m'a donné raison: c'est le vautrage assuré. 

2) Prendre soin de son corps : faire du sport, ne pas trop manger n'importe quoi, ne pas avoir trop de variations de poids, et ne pas céder aux sirènes des paradis artificiels. Il est tentant, comme un peu dans tous les milieux, mais celui qui nous concerne me semble un peu plus touché, de se faire un rail de coke. Niet! 

3) Ne pas vivre que pour ça: il y a une vie à côté! Et comme dans n'importe quel boulot, il faut parfois déconnecter! Parce que le burn out peut aussi nous concerner, surtout que le côté secrétariat dans notre activité peut parfois être violent! 

4) Se méfier de certaines personnes: c'est un milieu où tout le monde ne nous veut pas forcément du bien, donc prudence est mère de sureté. Juste pour rappel, j'ai été balancé à mes parents par une ancienne consœur...

5) Penser à l'après: car il y aura un après, donc c'est argent de côté, acquisitions immobilières, diplômes, formations... Peu importe, mais il ne faudrait pas se retrouver une main devant, une main derrière une fois que l'heure de la retraite sonne. 

Pour ce qui est du discours qui me semble le plus dangereux, c'est celui de "happy hooker" ou "putain heureuse". Ce n'est pas le fait que l'on soit forcément malheureuse, mais je suis plutôt partisane du "sex work is work", donc "le travail sexuel est un travail", avec ses bons et ses mauvais côtés. Il y a eu un moment quelques influenceuses, dont Libellule, que l'on peut retrouver sur Instagram, qui ont voulu faire penser, et parfois même inciter des jeunes filles à pratiquer le travail sexuel (plus sur la partie création de contenu type MYM et Only Fan) en leur faisant croire qu'elles allaient gagner des pluies de billet sans trop fournir d'effort et que c'était le nouvel empouvoirment. Elle a juste oublié de leur préciser que, comme dans toute activité lucrative, il fallait bosser, et qu'il y avait aussi de mauvais côtés, comme la rupture de l'anonymat, et le harcèlement possible, et même fréquent! Donc, comme un avocat, un chirurgien, ou un coiffeur aura parfois des difficultés dans son boulot, nous en aurons aussi! 




Stéphane:

Tout d'abord, mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année! Plein de bonnes choses.

Dans le cadre de votre blog, j'ai lu qu'il était possible de vous poser une question. 

Si vous le permettez, je souhaiterai savoir quel serait pour vous l'entrée, le plat et le dessert que vous choisiriez si vous aviez la possibilité de les réunir dans un seul et même repas. 

Par exemple, une entrée qui vous a marqué dans un restaurant, un plat mijoté de quelqu'un qui vous est proche, et un dessert d'un pâtissier. 

Meilleurs vœux à vous aussi. 

Pour l'entrée, ce sera le foie gras aux artichauts de chez Guy Savoy à La Monnaie de Paris, mais je ne sais pas s'il est encore à la carte. Oui, j'ai été y manger, non, je ne me fais pas chier. 

Pour le plat, un couscous, celui de ma grand-mère Sépharade. D'ailleurs, si je ne manger pas un couscous par semaine, je fais une jaunisse, c'est comme ça! 

Pour le dessert, ce sera un macaron à la framboise ou à la pistache,; et comme je dois choisir un pâtissier, je dirais Pierre Hermé. 




Clément: 

Bonjour Chlotilde! J'espère que vous allez bien! Je viens vers vous suite à votre FAQ! Vous disiez prendre les questions sur les réseaux sociaux. 

J'aurais tellement de questions  à vous poser que j'ai décidé de me limiter à trois. 

Quelle est votre principale motivation dans cette activité aujourd'hui (hormis l''argent)?

Qu'est-ce qui vous procure le plus de plaisir avec un homme? 

Quelle est votre meilleure anecdote d'un rendez-vous? J'entends par là votre meilleur souvenir?

Voilà, excellent week-end à vous. Force et lumière!

Je vais bien merci. Je prends effectivement les questions sur les réseaux, jamais par téléphone, en revanche. 

L'argent reste mon principal moteur, ne vous leurrez jamais là-dessus, et c'est, selon moi, la motivation la plus saine qui soit, même si c'est un sujet assez tabou en France. Pas pour moi! Sinon, j'ai envie de dire que cela me permet d'écrire, ce qui est une véritable passion pour moi. Et puis, le jour où je ne suis plus Chlotilde Rastignac, je redeviens une anonyme, car je suis  assez timide dans ma vie de tous les jours, et j'arrive beaucoup à me faire entendre  et à véhiculer mes idées qu'en temps que tata Chlo. Je suis lue, j'ai un lectorat, cela me confère un certain pouvoir. 

Vous voulez que je parle de sexe pour votre seconde question? Je ne l'ai jamais fait sur ce blog, hormis de manière disons, assez clinique, notamment pour faire de la prévention, ou bien parler de consentement. Donc, je ne sais pas si vous avez rejoins le bal en cours de soirée, mais non, je ne vais pas vous parler de ma culotte ici! Mais sincèrement, si j'était un brin provocatrice, comme je sais parfois le faire, je vous dirais de compter les billets! Sinon, apprendre des choses, car j'ai eu cette chance de tomber sur des gars qui avaient quelque chose entre les deux oreilles, et le cerveau est la partie d'un homme qui me séduit le plus. 

Pour la troisième question, et bien, c'est quand je suis tombée amoureuse. Quand? Où? Avec qui? Et là, paf! Je ne suis plus Chlotilde Rastignac, donc ce ne sera jamais un sujet évoqué ici. 



Guillaume: 

Question un peu tardive, mes excuse, et un peu plus "prédictive"/"dystopique", qu'axé sur votre vécu. 

D'après votre expérience dans le milieu de l'escorting , l'évolution que vous avez constaté, comment voyez-vous la prostitution dans 50 ans (30 ou 40 ans, ce n'est pas un chiffre arrêté mais le temps long), la manière d'aborder ce milieu, le cadre législatif. 

Question intéressante. Comme vous suivez beaucoup l'actualité, j'imagine qu'il ne vous a pas échappé que le Rassemblement National voulait s'interroger sur la possibilité de la réouverture des maisons closes, et ce dans le cadre d'un groupement d'intérêt économique. Je ne vais pas trop l'évoquer ici, car je compte en faire un article entier. Mais selon moi, c'est une utopie. Je ne suis pas contre, mais ils n'y arriveront pas. Pourquoi? Parce qu'il existe une frange du féminisme, avec laquelle je ne suis pas du tout d'accord, qui estime que mon activité est, je cite du "viol tarifé", une ignominie pour la femme, et j'en passe. Donc, il ne faut pas trop se faire d'illusions. 

Maintenant, vous allez me prendre pour une folle, mais regardez le film AI. C'est un très beau film d'ailleurs. Avec l'évolution des technologies, et avec ce type de mentalités, nous allons arriver à avoir des robots sexuels, comme l'incarne Jude Law dans ce film. 

De manière plus prévisible déjà, pour ce qui concerne le porno, nous n'aurons pas à attendre des décennies, mais tout au plus quelques années avant que toute cette industrie ne soit réalisée avec intelligence artificielle. Pourquoi? Pour des raisons économiques évidentes, déjà, mais aussi car une IA ne tombe pas malade, n'a pas ses règles, mais aussi ne dépose pas plainte en ce qui concerne le consentement (et je considère que les actrices dont le consentement a été vicié d'une manière ou d'une autre ont eu totalement raison d'agir en justice, notamment en ce qui concerne les affaires tristement célèbres chez French Bukkake ou Jacquie et Michel). 

Bien entendu, pour le moment, cela nous semble sans doute un peu abstrait, car nous n'avons pas encore les moyens technologiques de reproduire la sensualité d'une femme, ainsi que la peau humaine, par exemple. Mais, à mon humble avis, c'est juste une question de temps. Il vous reste encore un petit délai avant de devoir vous taper R2D2!




Contact: chlotilderastignac91@gmail.com


“No one believes in experts, but everyone listens to them.”
— Auguste Detoeuf

As agreed, here are the questions you took the time to ask me, followed by your answers. I would like to warmly thank all the participants.

Matahachi:
To do things like in YouTube FAQs: with hindsight, what are the three to five tips you wish you had known before starting escorting?
And also: are there any pro-escorting narratives that seem to you just as false and dangerous as certain abolitionist discourses?

As for the three to five tips — since I’m quite talkative — we’ll cover five here:

1) Pay attention to your image and your marketing:
Like any business, online reputation is important — not to say fundamental. You need to be careful with your ads and position yourself clearly. I’ve known colleagues, for example, who wanted to do “luxury” with long evening dates while also doing more high-volume work during the day. You need to know what you want, and in my view, it’s impossible to do both. Time proved me right: it’s a guaranteed crash.

2) Take care of your body:
Exercise, don’t eat junk all the time, avoid big weight fluctuations, and don’t give in to the sirens of artificial paradises. Like in many environments — though ours seems particularly affected — it can be tempting to do a line of coke. Nope. Absolutely not.

3) Don’t live only for this:
There is a life outside of it! And like in any job, you sometimes need to disconnect. Burnout can affect us too, especially since the administrative and scheduling side of our work can sometimes be brutal.

4) Be wary of certain people:
It’s a world where not everyone necessarily wishes us well, so caution is the mother of safety. Just as a reminder, I was once outed to my parents by a former colleague…

5) Think about what comes after:
Because there will be an after. That means savings, property investments, degrees, training — whatever. But you really don’t want to end up with nothing once retirement time comes.

As for the discourse I find most dangerous, it’s that of the “happy hooker.” It’s not that we’re necessarily unhappy, but I’m much more aligned with the idea that “sex work is work”, meaning it comes with both good and bad sides. At one point, a few influencers — including Libellule, who can be found on Instagram — tried to suggest, and sometimes even encourage, young women to enter sex work (mostly content creation like MYM and OnlyFans) by making them believe they would earn floods of money with very little effort, presenting it as a new form of empowerment. What they conveniently forgot to mention is that, like any profitable activity, it requires real work, and that there are downsides too — such as loss of anonymity and possible, even frequent, harassment. So just as a lawyer, a surgeon, or a hairdresser sometimes faces difficulties in their job, we do too.

Stéphane:
First of all, my best wishes for this new year! Wishing you all the best.
While reading your blog, I saw that it was possible to ask you a question.

If you don’t mind, I would like to know which starter, main course, and dessert you would choose if you had the opportunity to bring them together in one single meal.
For example: a starter that left a strong impression on you in a restaurant, a slow-cooked dish made by someone close to you, and a dessert by a pastry chef.



My answer:

Best wishes to you as well.

For the starter, it would be the foie gras with artichokes from Guy Savoy at La Monnaie de Paris — although I’m not sure it’s still on the menu. Yes, I’ve eaten there. No, I don’t bore myself.

For the main course, a couscous — my Sephardic grandmother’s couscous. In fact, if I don’t eat couscous at least once a week, I turn yellow. That’s just how it is.

For dessert, it would be a raspberry or pistachio macaron; and since I have to choose a pastry chef, I’d say Pierre Hermé.


Clément : 

Hello Chlotilde! I hope you’re doing well! I’m reaching out following your FAQ. You mentioned that you take questions on social media.

I have so many questions I’d like to ask you that I decided to limit myself to three.

What is your main motivation in this line of work today (aside from money)?

What gives you the most pleasure with a man?

What is your best anecdote from an appointment? By that I mean your best memory.

That’s all — have a great weekend. Strength and light!

My answer:
I’m doing well, thank you. I do indeed take questions on social media — never by phone, however.

Money remains my main driving force, don’t ever fool yourself about that. And in my opinion, it’s the healthiest motivation there is, even if it’s still quite a taboo subject in France. Not for me. Beyond that, it allows me to write, which is a true passion of mine. And then, when I’m no longer Chlotilde Rastignac, I go back to being anonymous, because I’m actually quite shy in my everyday life. I find it much easier to make myself heard and to convey my ideas as “Auntie Chlo.” I’m read, I have a readership, and that gives me a certain kind of power.

Do you want me to talk about sex for your second question? I’ve never done that on this blog, except in a rather clinical way — mainly for prevention purposes or to discuss consent. So unless you joined the ball halfway through the evening, no, I’m not going to talk about my panties here! But honestly, if I were feeling a bit provocative — as I sometimes can be — I’d tell you to count the banknotes. Otherwise, learning things: I’ve been lucky enough to meet men who actually had something between their ears, and the brain is the part of a man that seduces me the most.

As for the third question — well, it was when I fell in love. When? Where? With whom? And there, bam! I’m no longer Chlotilde Rastignac, so that will never be a topic discussed here.

Guillaume:

A somewhat late question — my apologies — and one that is a bit more “predictive” or “dystopian” rather than focused on your personal experience.

Based on your experience in the escorting world, and on the changes you’ve observed, how do you see prostitution evolving in 50 years (or 30 or 40 — the exact number isn’t fixed, but rather the long term): the way this field is approached, and the legal framework surrounding it?

My answer:
An interesting question. Since you follow current affairs closely, I imagine you haven’t missed the fact that the Rassemblement National has expressed interest in reopening brothels, within the framework of an economic interest group. I won’t go into too much detail here, as I plan to write a full article on the subject. But in my opinion, it’s a utopia. I’m not opposed to it, but they won’t succeed. Why? Because there is a strand of feminism — with which I strongly disagree — that considers my activity to be, quote, “paid rape,” an ignominy for women, and so on. So we shouldn’t harbor too many illusions.

Now, you’re going to think I’m crazy, but take a look at the movie A.I. It’s a beautiful film, by the way. With the evolution of technology and this kind of mindset, we are heading toward the creation of sex robots — as embodied by Jude Law’s character in that film.

More predictably, when it comes to pornography, we won’t have to wait decades, but rather just a few years before the entire industry is produced using artificial intelligence. Why? For obvious economic reasons, to begin with — but also because an AI doesn’t get sick, doesn’t have periods, and doesn’t file lawsuits over consent issues. (And I fully believe that actresses whose consent was compromised in one way or another were absolutely right to take legal action, particularly in the infamous French Bukkake or Jacquie et Michel cases.)

Of course, for now, this may still seem somewhat abstract, since we don’t yet have the technological means to reproduce human sensuality, or human skin, for example. But in my humble opinion, it’s only a matter of time. You still have a little while before having to sleep with R2-D2!




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